LA RECOMPENSE : LE BIEN-ÊTRE DE L’ÊTRE HUMAIN COPAIN

 

 

           Le chien est un animal domestique. Il s’est rapproché de l’homme pour pouvoir se nourrir. Il a fallu qu’il nous trouve bien sympathique pour ne pas se sentir en danger ; à moins que les crampes d’estomac aient eu raison de son appréhension. Il nous a donc apprivoisé et avons fait de même car il se révéla très utile à l’homme. La chasse en est un exemple. Puis nous avons découvert qu’il pouvait être un sacré compagnon de vie. Nous avons donc usé de différents stratagèmes pour que le chien veuille bien rester à nos côtés. Au départ, maladroitement, nous l’attachions ; tel un outil que l’on sortait quand nous en avions besoin. Mais nous ne nous inquiétâmes pas le moins du monde de son état d’esprit. Etait-il heureux ? Bien dans ses pattes parce que sa gamelle était assurée tous les soirs ? À force d’observations qui ne se sont pas emmurées dans les règles de hiérarchie de dominance de carnaval, nous nous sommes penchés sur son bien-être pour qu’une communication « homme/chien » s’enrichisse par des interactions respectueuses et bienveillantes. Le chien appréciant notre compagnie, avons-nous enfin compris que son comportement serait en adéquation avec le notre ?

 

          Etre agréable avec son chien est une récompense !

 

          Dans toute éducation, il faut associer quelque chose d’agréable à tout comportement que l’on souhaite voir se reproduire. Et donc pour les comportements indésirables, ne rien associer d’agréable. Penchons nous alors sur tout ce qui peut être agréable chez le chien, et créer ainsi une satisfaction qui influera son comportement.

 

          Je suis présent avec mon chien. Cela est une satisfaction pour lui car il apprécie ma compagnie. Si le chien passe la journée seul, celle-ci sera bien terne et sans intérêt. Il dormira pour tuer le temps. Le chien peut préférer ma compagnie à toute autre stimulation de son environnement. La raison pour laquelle le chien s’est rapproché de l’homme ne s’arrête pas qu’à la nourriture. Nous interagissons et partageons beaucoup. Tout cela est agréable et intéressant car une réciprocité dans l’agréable s’installe.

 

          Je le caresse, c’est agréable. Quoi que… a-t-il toujours envie d’être caressé ? Si nous réfléchissons sur ce qui est agréable chez Pitou, il va falloir se demander si notre caresse est dérangeante. La communication est indispensable pour comprendre si notre interaction lui plait à ce moment précis. Evitons les raccourcis de pensée : je caresse = plaisir ! Le chien vient à nous, c’est qu’il est en demande, sinon n’insistons pas. La caresse peut intervenir pour apaiser, détendre, masser, et ainsi partager par le tactile. Souvent elle intervient pour féliciter le toutou sur un comportement attendu. Mais elle peut aussi intervenir à tout moment pour rassurer le chien : « je suis là, je suis avec toi ».

 

          Je lui parle, le chien en a-t-il une satisfaction ? Déjà, je ne suis pas sûr qu’il comprenne. Mais il réalise forcément que je m’intéresse à lui ! Ne lui suis-je pas agréable ? La parole est une forme de récompense que le chien saisit. On peut donc en déduire que si Toutou fait une bêtise et que je le réprimande, je consolide involontairement son action. Je renforce par une récompense (ma voix) un comportement que je ne souhaite pas.

          « Pitou au pied ! » Pitou s’exécute. Et il remue la queue à la réception de mon plaisir. Car oui, il est content que nous nous y intéressions. Même si Le chien n’a pas un dictionnaire « reverso » du langage humain, il va en comprendre le sens par notre intonation et notre faciès. Je comprends. Donc, je communique. Donc, j’interagis. Il est à préciser que certaines études récentes (1) ont démontré par IRM que le chien pouvait comprendre le sens de certains mots.

 

          Je lui donne une friandise : la récompense suprême ! Le chien gourmand va vite répondre avec un comportement que nous attendons ! Mais soyons attentif à ce que la friandise ne prenne pas plus de valeur que son maître dans la tête du chien ! Ressource primaire : GAA – TEAU !!! Cela me rappelle une nouvelle de Stephen King des années 80 (Creepshow) ! La friandise doit être systématique au début mais deviendra variable, aléatoire, différentiel, puis surprendre de temps en temps. Le chien n’en sera que plus motivé. Au travers de cette récompense, le chien doit apprendre à nous faire plaisir pour avoir le sien. La friandise n’est qu’un guide pour atteindre ce but. Cependant son implication est importante dans la motivation.

 

          Je joue, je me cache : Quoi de plus excitant que de courir avec son chien après la balle, le bâton ou se cacher ; lui demander de ne pas bouger, s’éloigner, puis observer le plaisir du chien qu’il a de nous rejoindre quand nous l’appelons, quand nous nous sommes cachés et avons disparu cinq minutes de sa vue. Ou quand le chien décide de plonger dans la rivière parce que c’est rafraichissant après avoir couru. Ce sont des moments de bonheur partagés car vous êtes à 100% avec lui. En termes de complicité dans le jeu, il n’y a pas meilleure communication.

 

          Le regard et le visuel : on échange beaucoup avec le regard. Dans le langage canin, on échange aussi en évitant du regard pour apaiser. Sur des ordres acquis par des mots comme le « assis » ou le « couché », il est souvent utile d’accompagner le vocabulaire avec un gestuel. L’index est très utile dans beaucoup de situation. Nous savons qu’en pointant le doigt dans une direction, le chien va regarder dans cette direction. Le assis en pointant le doigt au dessus de sa tête ; en le pointant vers le sol pour le couché ; décrire un cercle pour que le chien se retourne, etc. Si le geste est assimilé, la voix n’a plus de raison d’être. Bien pratique si nous sommes dans un environnement bruyant ou distrayant.

          Le chien peut lire notre faciès. Il est capable de connaître notre état d’esprit sans que nous ayons à prononcer la moindre parole. Le canidé est un grand observateur. Fronçons des sourcils en rentrant à la maison et le chien s’éloigne en regardant le sol. Au contraire, prenons un air enjoué et le chien vient vers nous l’œil vif et brillant et la queue haute et mobile. J’aime penser que si nous sourions à notre chien, nous le récompensons.

 

       La récompense pour l’éduquer mais aussi pour communiquer :

 

          Le chien, en vivant avec nous, doit s’adapter à notre mode de vie. La ville et son urbanisme, la campagne et sa nature sauvage. Partager notre foyer en adoptant nos règles de vie. Etre socialisé. Par la récompense, le chien sait ce qu’il fait de bien ou non. La récompense étant agréable, le chien prend l’habitude de répéter les bons comportements.

 

          Si nous sortons faire une balade, le fait de mettre le collier, prendre la laisse et moi-même enfilant veste et bonnet, seront des rituels agréables pour le chien car associé à la promenade. Si j’ouvre le coffre de la voiture, Farwest, mon labrador s’y jette ; subitement motivée pour faire un tour, voir des amis, faire une promenade ailleurs qu’autour de la maison ; tout cela, elle l’a compris. Même si parfois elle reste dans la voiture car je vais juste faire une course. Mais si je la prends quand même avec moi, c’est parce que je sais qu’elle apprécie ces moments. Ainsi notre complicité s’enrichie.

 

          Vous l’avez compris, nos interactions ne se limitent pas aux ordres tels que le « assis », le « couché » mais à tout ce que nous partageons car nous vivons ensemble. C’est pour cela que la récompense ne s’arrête pas à la friandise comme l’éducation ne se cantonne pas uniquement aux ordres d’obéissance. Certaines mauvaises langues aux éducations traditionnelles vous expliqueront qu’il faut une charrette de friandises pour obtenir un résultat. Soyons complices pour tous ces échanges et vous ne regarderez plus votre chien de la même manière.

 

          Une cliente avait son chien qui marchait parfaitement en laisse en ville, mais vivant à la campagne, ne l’attachait que rarement. Elle devait travailler le rappel car le chien avait tendance à s’éloigner et ne revenait que quand ça le chantait. Je lui expliquais donc qu’il serait bien de promener le chien en laisse en forêt. Mais elle n’en voyait pas l’utilité car le chien n’avait pas de soucis pour cela.

 

          Mais si en liberté, il partait loin et ne revenait pas au rappel, c’est qu’il faisait sa balade tout seul et non avec sa maîtresse. La laisse est une passerelle entre le chien et l’homme qui permet une communication. Laisse détendue, on s’arrête, on change de direction, on accélère on ralentit la marche ; une interaction se crée avec le chien et ainsi nous nous baladons en échangeant. La laisse n’est pas faite pour le tirer mais pour communiquer. Bien-sûr nous pouvons détacher le chien mais gardons cette complicité par l’échange de la voix, la caresse, le jeu que nous pouvons échanger en promenade ou à tout autre moment partagé.

 

          Je parle à mon chien mais pas seulement avec les mots. Bizarre me direz-vous ? Pas tant que ça si j’observe ses yeux qui semblent être attentifs. N’est-ce pas là le plaisir du chien d’être avec l’être humain ? Sachons être plus attractif que la friandise. J’aime penser que je suis la meilleure de ses récompenses. Lui, saura être pour nous la meilleure des satisfactions.

 

 

Jean-Dominique Brasseur

 

(1)      http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/08/31/les-chiens-distinguent-mots-et-intonations-comme-les-humains_4990249_1652692.html

 

 

 

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