LA RECOMPENSE : LE BIEN-ĂTRE DE LâĂTRE HUMAIN COPAIN
- Jean-Dominique Brasseur éducateur
- 18 mars 2017
- 6 min de lecture

Le chien est un animal domestique. Il sâest rapprochĂ© de lâhomme pour pouvoir se nourrir. Il a fallu quâil nous trouve bien sympathique pour ne pas se sentir en danger ; Ă moins que les crampes dâestomac aient eu raison de son apprĂ©hension. Il nous a donc apprivoisĂ© et avons fait de mĂȘme car il se rĂ©vĂ©la trĂšs utile Ă lâhomme. La chasse en est un exemple. Puis nous avons dĂ©couvert quâil pouvait ĂȘtre un sacrĂ© compagnon de vie. Nous avons donc usĂ© de diffĂ©rents stratagĂšmes pour que le chien veuille bien rester Ă nos cĂŽtĂ©s. Au dĂ©part, maladroitement, nous lâattachions ; tel un outil que lâon sortait quand nous en avions besoin. Mais nous ne nous inquiĂ©tĂąmes pas le moins du monde de son Ă©tat dâesprit. Etait-il heureux ? Bien dans ses pattes parce que sa gamelle Ă©tait assurĂ©e tous les soirs ? Ă force dâobservations qui ne se sont pas emmurĂ©es dans les rĂšgles de hiĂ©rarchie de dominance de carnaval, nous nous sommes penchĂ©s sur son bien-ĂȘtre pour quâune communication « homme/chien » sâenrichisse par des interactions respectueuses et bienveillantes. Le chien apprĂ©ciant notre compagnie, avons-nous enfin compris que son comportement serait en adĂ©quation avec le notre ?
Etre agréable avec son chien est une récompense !
Dans toute Ă©ducation, il faut associer quelque chose dâagrĂ©able Ă tout comportement que lâon souhaite voir se reproduire. Et donc pour les comportements indĂ©sirables, ne rien associer dâagrĂ©able. Penchons nous alors sur tout ce qui peut ĂȘtre agrĂ©able chez le chien, et crĂ©er ainsi une satisfaction qui influera son comportement.
Je suis prĂ©sent avec mon chien. Cela est une satisfaction pour lui car il apprĂ©cie ma compagnie. Si le chien passe la journĂ©e seul, celle-ci sera bien terne et sans intĂ©rĂȘt. Il dormira pour tuer le temps. Le chien peut prĂ©fĂ©rer ma compagnie Ă toute autre stimulation de son environnement. La raison pour laquelle le chien sâest rapprochĂ© de lâhomme ne sâarrĂȘte pas quâĂ la nourriture. Nous interagissons et partageons beaucoup. Tout cela est agrĂ©able et intĂ©ressant car une rĂ©ciprocitĂ© dans lâagrĂ©able sâinstalle.
Je le caresse, câest agrĂ©able. Quoi que⊠a-t-il toujours envie dâĂȘtre caressĂ© ? Si nous rĂ©flĂ©chissons sur ce qui est agrĂ©able chez Pitou, il va falloir se demander si notre caresse est dĂ©rangeante. La communication est indispensable pour comprendre si notre interaction lui plait Ă ce moment prĂ©cis. Evitons les raccourcis de pensĂ©e : je caresse = plaisir ! Le chien vient Ă nous, câest quâil est en demande, sinon nâinsistons pas. La caresse peut intervenir pour apaiser, dĂ©tendre, masser, et ainsi partager par le tactile. Souvent elle intervient pour fĂ©liciter le toutou sur un comportement attendu. Mais elle peut aussi intervenir Ă tout moment pour rassurer le chien : « je suis lĂ , je suis avec toi ».
Je lui parle, le chien en a-t-il une satisfaction ? DĂ©jĂ , je ne suis pas sĂ»r quâil comprenne. Mais il rĂ©alise forcĂ©ment que je mâintĂ©resse Ă lui ! Ne lui suis-je pas agrĂ©able ? La parole est une forme de rĂ©compense que le chien saisit. On peut donc en dĂ©duire que si Toutou fait une bĂȘtise et que je le rĂ©primande, je consolide involontairement son action. Je renforce par une rĂ©compense (ma voix) un comportement que je ne souhaite pas.
« Pitou au pied ! » Pitou sâexĂ©cute. Et il remue la queue Ă la rĂ©ception de mon plaisir. Car oui, il est content que nous nous y intĂ©ressions. MĂȘme si Le chien nâa pas un dictionnaire « reverso » du langage humain, il va en comprendre le sens par notre intonation et notre faciĂšs. Je comprends. Donc, je communique. Donc, jâinteragis. Il est Ă prĂ©ciser que certaines Ă©tudes rĂ©centes (1) ont dĂ©montrĂ© par IRM que le chien pouvait comprendre le sens de certains mots.
Je lui donne une friandise : la rĂ©compense suprĂȘme ! Le chien gourmand va vite rĂ©pondre avec un comportement que nous attendons ! Mais soyons attentif Ă ce que la friandise ne prenne pas plus de valeur que son maĂźtre dans la tĂȘte du chien ! Ressource primaire : GAA â TEAU !!! Cela me rappelle une nouvelle de Stephen King des annĂ©es 80 (Creepshow) ! La friandise doit ĂȘtre systĂ©matique au dĂ©but mais deviendra variable, alĂ©atoire, diffĂ©rentiel, puis surprendre de temps en temps. Le chien nâen sera que plus motivĂ©. Au travers de cette rĂ©compense, le chien doit apprendre Ă nous faire plaisir pour avoir le sien. La friandise nâest quâun guide pour atteindre ce but. Cependant son implication est importante dans la motivation.
Je joue, je me cache : Quoi de plus excitant que de courir avec son chien aprĂšs la balle, le bĂąton ou se cacher ; lui demander de ne pas bouger, sâĂ©loigner, puis observer le plaisir du chien quâil a de nous rejoindre quand nous lâappelons, quand nous nous sommes cachĂ©s et avons disparu cinq minutes de sa vue. Ou quand le chien dĂ©cide de plonger dans la riviĂšre parce que câest rafraichissant aprĂšs avoir couru. Ce sont des moments de bonheur partagĂ©s car vous ĂȘtes Ă 100% avec lui. En termes de complicitĂ© dans le jeu, il nây a pas meilleure communication.
Le regard et le visuel : on Ă©change beaucoup avec le regard. Dans le langage canin, on Ă©change aussi en Ă©vitant du regard pour apaiser. Sur des ordres acquis par des mots comme le « assis » ou le « couchĂ© », il est souvent utile dâaccompagner le vocabulaire avec un gestuel. Lâindex est trĂšs utile dans beaucoup de situation. Nous savons quâen pointant le doigt dans une direction, le chien va regarder dans cette direction. Le assis en pointant le doigt au dessus de sa tĂȘte ; en le pointant vers le sol pour le couchĂ© ; dĂ©crire un cercle pour que le chien se retourne, etc. Si le geste est assimilĂ©, la voix nâa plus de raison dâĂȘtre. Bien pratique si nous sommes dans un environnement bruyant ou distrayant.
Le chien peut lire notre faciĂšs. Il est capable de connaĂźtre notre Ă©tat dâesprit sans que nous ayons Ă prononcer la moindre parole. Le canidĂ© est un grand observateur. Fronçons des sourcils en rentrant Ă la maison et le chien sâĂ©loigne en regardant le sol. Au contraire, prenons un air enjouĂ© et le chien vient vers nous lâĆil vif et brillant et la queue haute et mobile. Jâaime penser que si nous sourions Ă notre chien, nous le rĂ©compensons.
La rĂ©compense pour lâĂ©duquer mais aussi pour communiquer :
Le chien, en vivant avec nous, doit sâadapter Ă notre mode de vie. La ville et son urbanisme, la campagne et sa nature sauvage. Partager notre foyer en adoptant nos rĂšgles de vie. Etre socialisĂ©. Par la rĂ©compense, le chien sait ce quâil fait de bien ou non. La rĂ©compense Ă©tant agrĂ©able, le chien prend lâhabitude de rĂ©pĂ©ter les bons comportements.
Si nous sortons faire une balade, le fait de mettre le collier, prendre la laisse et moi-mĂȘme enfilant veste et bonnet, seront des rituels agrĂ©ables pour le chien car associĂ© Ă la promenade. Si jâouvre le coffre de la voiture, Farwest, mon labrador sây jette ; subitement motivĂ©e pour faire un tour, voir des amis, faire une promenade ailleurs quâautour de la maison ; tout cela, elle lâa compris. MĂȘme si parfois elle reste dans la voiture car je vais juste faire une course. Mais si je la prends quand mĂȘme avec moi, câest parce que je sais quâelle apprĂ©cie ces moments. Ainsi notre complicitĂ© sâenrichie.
Vous lâavez compris, nos interactions ne se limitent pas aux ordres tels que le « assis », le « couchĂ© » mais Ă tout ce que nous partageons car nous vivons ensemble. Câest pour cela que la rĂ©compense ne sâarrĂȘte pas Ă la friandise comme lâĂ©ducation ne se cantonne pas uniquement aux ordres dâobĂ©issance. Certaines mauvaises langues aux Ă©ducations traditionnelles vous expliqueront quâil faut une charrette de friandises pour obtenir un rĂ©sultat. Soyons complices pour tous ces Ă©changes et vous ne regarderez plus votre chien de la mĂȘme maniĂšre.
Une cliente avait son chien qui marchait parfaitement en laisse en ville, mais vivant Ă la campagne, ne lâattachait que rarement. Elle devait travailler le rappel car le chien avait tendance Ă sâĂ©loigner et ne revenait que quand ça le chantait. Je lui expliquais donc quâil serait bien de promener le chien en laisse en forĂȘt. Mais elle nâen voyait pas lâutilitĂ© car le chien nâavait pas de soucis pour cela.
Mais si en libertĂ©, il partait loin et ne revenait pas au rappel, câest quâil faisait sa balade tout seul et non avec sa maĂźtresse. La laisse est une passerelle entre le chien et lâhomme qui permet une communication. Laisse dĂ©tendue, on sâarrĂȘte, on change de direction, on accĂ©lĂšre on ralentit la marche ; une interaction se crĂ©e avec le chien et ainsi nous nous baladons en Ă©changeant. La laisse nâest pas faite pour le tirer mais pour communiquer. Bien-sĂ»r nous pouvons dĂ©tacher le chien mais gardons cette complicitĂ© par lâĂ©change de la voix, la caresse, le jeu que nous pouvons Ă©changer en promenade ou Ă tout autre moment partagĂ©.
Je parle Ă mon chien mais pas seulement avec les mots. Bizarre me direz-vous ? Pas tant que ça si jâobserve ses yeux qui semblent ĂȘtre attentifs. Nâest-ce pas lĂ le plaisir du chien dâĂȘtre avec lâĂȘtre humain ? Sachons ĂȘtre plus attractif que la friandise. Jâaime penser que je suis la meilleure de ses rĂ©compenses. Lui, saura ĂȘtre pour nous la meilleure des satisfactions.
Jean-Dominique Brasseur
(1) http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/08/31/les-chiens-distinguent-mots-et-intonations-comme-les-humains_4990249_1652692.html


























